Bienvenue à Décennie internationale pour une culture de la non-violence et de la paix - Coordination Française


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dans le monde R?flexions: Acte de la rencontre-d?bat
Publie le Vendredi 19 septembre

Untitled

Ouverture de la manifestation

Cette s?ance est pr?sid?e par Jean-Pierre Regnier, Secr?taire g?n?ral adjoint de la Commission fran?aise pour l'UNESCO

Intervention de Ren? Zapata (Directeur adjoint du Bureau de la planification strat?gique de l'UNESCO et repr?sentant le Directeur g?n?ral)

Apr?s avoir consid?r? que le sujet de la rencontre renvoie ? une actualit? br?lante et rappel? que la Culture de la paix est inscrite dans le programme de l'UNESCO, Ren? Zapata introduit son propos par la question suivante : de la m?me fa?on qu'il existe des correspondants de guerre, pourquoi n'y a-t-il pas des correspondants de paix ? Des correspondants qui couvrent le processus de n?gociations de paix, qui accompagnent celui de r?conciliation et qui mettent en lumi?re les obstacles qui s'opposent ? la reconstruction et au d?veloppement de la paix d'un pays au lendemain de la guerre. Quels moyens pouvons-nous ou voulons-nous leur donner ? Sous quelles conditions pourraient-ils travailler ?

Le caract?re actuel de ce questionnement a ?t? soulign? avec d'autant plus d'acuit? que nous venons d'assister en direct ? une guerre. En prenant l'exemple de l'Irak, Ren? Zapata insiste sur l'existence de zones d'ombre dues ? une couverture partielle ou partiale ; ni les causes, ni les cons?quences de cette guerre n'ont ?t? suffisamment explicit?es. Il fait ?galement remarquer la diff?rence de traitement de l'information avant, pendant et apr?s la fin des op?rations militaires, le d?sint?ressement et la r?duction du nombre de journalistes sur place apr?s la fin des op?rations militaires. Il en d?duit que l'apr?s-guerre est un sujet secondaire par rapport ? la guerre et l'approfondissement de l'analyse des ?v?nements est n?cessaire pour sortir d'un traitement brut des faits. En g?n?ral, la fa?on dont sont trait?s les conflits r?v?le une approche fragment?e de l'information et de la g?ographie. Cela s'est ?galement v?rifi? pour d'autres conflits tels que la Colombie, le Sri Lanka et les r?cents ?v?nements de la R?publique d?mocratique du Congo.

Plusieurs questions peuvent en d?couler :

  • Comment couvrir certains conflits intemporels ?
  • Comment affronter le ph?nom?ne de lassitude lorsque le conflit dure longtemps ?
  • Peut-on se satisfaire du traitement pur de l'actualit? face ? la r?p?tition et ? l'intensification des violences ?
  • Comment pallier ? la raret? des informations ?

Sur cette base, Ren? Zapata d?finit des obstacles au travail journalistique concernant en particulier la couverture des conflits.

1. " Epaisseur temporelle " :
Il est n?cessaire de s'interroger sur la notion d'actualit? (notion r?cente datant du XVIII?me si?cle). Dans le cas de conflits tr?s longs, l'actualit? est presque quotidienne, d'o? l'apparition d'une lassitude tant pour le public que pour le journaliste ; en effet, la r?p?tition et l'intensification de la violence d?tournent l'int?r?t sur la question. De m?me, la disponibilit? de l'information dans certaines r?gions fait gravement d?faut.

2. " Epaisseur de la globalit? " :
Ce ph?nom?ne est g?n?rateur de l'impossibilit? pour un journaliste d'?tre au fait de ce qui se passe partout dans le monde et de ma?triser intellectuellement et mat?riellement l'ensemble des informations n?cessaires au traitement objectif et non superficiel des ?v?nements. Cette impossibilit? oblige ? op?rer des choix, ? ?tre s?lectif.

3. " Epaisseur des processus de paix et de guerre " :
Cette difficult? est due ? la multiplication des motivations d'un conflit, des acteurs de la violence et ? la complexit? de ses ressorts (les mouvements de gu?rilla en sont une parfaite illustration). La tentation est alors forte, pour le journaliste, d'adopter des grilles d'analyse simples voire simplistes. Ainsi la violence en Afrique s'expliquerait par la pauvret? et le terrorisme islamiste par sa seule matrice id?ologique. Le journaliste a, ? cet ?gard, le devoir d'?viter les explications sch?matiques.

4. " Epaisseur id?ologique et philosophique " :
Cela se traduit par des explications essentiellement id?ologiques de questions qui appellent des analyses plus complexes. N'est-il pas, par exemple, inappropri? d'analyser la politique ?trang?re am?ricaine ? la lumi?re de la seule doctrine de Leo Strauss au lieu de faire intervenir plusieurs registres de r?flexions ?

En plus de ces obstacles majeurs, il y a le probl?me de l'acc?s aux sources locales de l'information qui se traduit par un d?faut de confraternit? entre journalistes ; en effet, il est rare que le journaliste interroge son confr?re local ou travaille en concertation avec lui. A ce propos, Ren? Zapata rappelle l'importance que l'UNESCO accorde au d?veloppement des m?dias locaux en citant notamment le soutien que l'Organisation a apport? aux journalistes de Bosnie-Herz?govine.
S'ajoute ?galement la couverture in?gale des ?v?nements li?e, soit ? une abondance voire m?me une surabondance des informations sur certains ?v?nements, soit ? une pauvret? voire m?me une inexistence d'informations sur d'autres.

Cela ?tant dit, il y a lieu de se r?jouir d'une ?volution constat?e aujourd'hui du traitement de l'information. L'accent mis sur les aspects juridiques, l'int?r?t nouveau port? au r?le des organismes internationaux, la cons?cration de la primaut? du droit international, de la l?gitimit? des Nations Unies sont autant de progr?s pour lesquels il convient de rendre hommage ? la profession journalistique.

En conclusion : comment faire de la paix un ?v?nement ? Comment communiquer les nouvelles de la paix comme on communique aujourd'hui celles sur la guerre ? Quand aurons-nous des correspondants de la paix, dot?s de tous les moyens dont ils auraient besoin, comme nous avons aujourd'hui des correspondants de guerre ?

? Intervention de Jean-Pierre Regnier (Secr?taire g?n?ral adjoint de la Commission nationale fran?aise pour l'UNESCO)

Apr?s avoir rappel? l'int?r?t que la Commission nationale accorde ? ce type d'initiatives, Jean-Pierre Regnier s'interroge sur le concept de culture de la paix :

  • Qu'est-ce que la culture de la paix ? L'a-t-on suffisamment expliqu?e et faite comprendre ?
  • Quelle est l'attente de la soci?t? par rapport ? l'information ?
  • Quel est le r?le ?ducatif des m?dias ?

Des reproches sont souvent faits ? l'encontre des m?dias : mise en spectacle de la violence, s?lectivit? des t?moignages rapport?s, recherche du sensationnel. C'est oublier que ceux-ci sont soumis ? toutes sortes d'obligations sp?cifiques comme produire et transmettre un maximum d'informations en un minimum de temps. La difficult? due au caract?re instantan? et ? la rapidit? de l'actualit? nationale et internationale n?cessite pour un journaliste de " coller " ? un ?v?nement, voire m?me de zapper d'un ?v?nement ? l'autre, cr?ant in?vitablement une information partielle. Au lieu de remettre en cause les m?dias, il conviendrait plut?t de soulever la question de l'attente du public par rapport ? l'information et celle de sa perception du r?le des m?dias.
En effet, l'?v?nementiel et le sensationnel faisant partie de notre univers, il serait n?cessaire d'avoir des outils pour comprendre la complexit? du monde.

Si on admet que la d?marche de la culture de la paix consiste ? cr?er un autre ?tat d'esprit au quotidien, sur le plan local ne faudrait-il pas plut?t parler d'une d?marche ?ducative des m?dias en lien avec la culture de la paix ? N'est-ce pas une autre mani?re d'?voquer le r?le ?ducatif des m?dias ?
De plus, l'?ducation se limite-t-elle ? l'?cole formelle qui, elle, se trouve mise en question ? Quel r?le joue l'?ducation permanente ? L'?ducation dans et par la rue ? Celle dans et par la presse, les m?dias de masse, les livres ??
L'?ducation est certainement un terreau fertile pour l'apprentissage de la culture de la paix. Cette voie est une ?vidence pour une institution comme l'UNESCO puisque c'est l'objet m?me de son existence. Mais l'?ducation n'est pas du seul ressort de l'?cole. Elle doit ?tre ?largie ? toute la soci?t? (associations, rue, m?dias, etc.). Rendre compte des actions positives de jeunes dans leurs quartiers participerait certainement d'une d?marche p?dagogique des plus utiles.

Culture de la guerre - Culture de la paix : " ?tat des lieux de l'information "

? Agnieszka Slosarska (journaliste : France 5 - ARTE)

Agnieszka Slosarska se pose la question de savoir comment les m?dias peuvent aider ? construire la paix. Ils peuvent par exemple transmettre des valeurs universelles comme la libert? d'expression. Les m?dias ne parlent presque jamais de la culture de la paix parce qu'ils en ignorent l'existence, celle-ci n'?tant encore qu'au stade de th?orie. Le journaliste a besoin qu'on la lui explique, il a besoin d'?tre incit? ? lui accorder plus d'importance.

R?pondant ? Ren? Zapata, elle souligne qu'il y a une difficult? ? distinguer " un avant " et " un apr?s " guerre, m?me s'il est vrai que le traitement de l'information diff?re selon qu'il s'agit de la guerre ou de la paix.

Le traitement de la guerre et celui de la paix ne pr?sentent pas les m?mes caract?ristiques. Par d?finition, le travail journalistique est mieux ? m?me de rendre compte des faits de guerre car la guerre est un ?v?nement d?fini dans l'espace et dans le temps et peut ?tre appr?hend? dans sa dimension factuelle. Ce n'est pas le cas de la paix qui est un processus diffus. Celui-ci se caract?rise par la dur?e et exige dans son traitement un effort d'analyse approfondie voire m?me de r?flexion personnelle. Ce type de traitement n'est pas le propre du travail de journaliste qui exige de la rapidit? et de l'objectivit? sans exprimer d'opinions. C'est un travail de transmission des faits qui ne peut avoir l'ambition de cerner des facteurs aussi complexes que ceux qui interviennent dans la construction de la paix. La paix est une finalit? qui implique une volont? de changement du monde, ambition qui ne peut ?tre celle du journalisme.

Comment d?s lors inciter le journaliste ? parler de la culture de la paix ? Pour que les journaux parlent de paix il faut cr?er l'?v?nement mais aussi ?veiller cette id?e dans la conscience du journaliste, car l'id?e de paix est en chaque ?tre humain.

Agnieszka Slosarska admet que dans le traitement de la guerre, les journalistes peuvent tomber dans certains pi?ges :

  1. D'abord le journaliste a l'impression que le public est en qu?te de spectacle et pour satisfaire cette attente, il essaie de faire preuve autant que possible de rapidit?. En cons?quence, le journaliste n'a pas le recul n?cessaire pour rapporter les faits de fa?on objective.
  2. Il y a ensuite une absence de distinction entre communication et information, or la communication n'est pas innocente. Quand le journaliste devient un instrument de communication, il d?vie de sa mission. A l'exemple de l'Irak, l'information transmise par les journalistes pr?sents avec les militaires n'avait pas d'int?r?t sur le moment.
  3. Le langage constitue aussi un pi?ge. Le choix des mots rev?t une importance capitale, des expressions comme " bombes intelligentes ", " tirs amis ", " guerre chirurgicale ", " envahir pour lib?rer " pr?tent ? confusion et influent sur l'appr?hension par le public des faits qui lui sont rapport?s.
  4. Le positionnement par rapport aux protagonistes des conflits s'av?re dangereux. La tentation est toujours pr?sente de soutenir la cause de telle ou telle partie et ceci se traduit, selon les situations, par des mani?res diff?rentes de pr?senter les faits. Ainsi par exemple, la mort d'un non-occidental ne b?n?ficie pas, dans sa pr?sentation, de la m?me charge ?motionnelle que celle d'un occidental.
  5. Le traitement de l'apr?s guerre est le dernier pi?ge. A l'exemple de l'Irak, une partie de la presse fran?aise a fait abstraction des consid?rations juridiques et morales qui avaient pr?sid? avant la guerre. Nombreux sont ceux qui s'interroge aujourd'hui si, du fait de la facilit? du succ?s militaire des forces anglo-am?ricaines, le choix de la guerre n'?tait pas au bout du compte le plus judicieux.

Enfin, Agnieszka Slosarska souligne que le mot " paix " n'appara?t que tr?s rarement dans les chartes des journalistes (except? dans celles de La Croix et de Ouest France par exemple). On parle plut?t de jurisprudence, de code ?thique ; on fait appel ? des principes, aux responsabilit?s. On ne parle pas de comportement. Il n'y a pas non plus de code d?ontologique unique en France ; toutes les chartes demeurent internes et sont le fait des syndicats.

Toutefois, il existe des initiatives tr?s concr?tes visant ? promouvoir la paix dans le monde :

  • R?seau Libre, un cabinet canadien d'experts journalistes qui dispense, sous l'?gide des Nations Unies, une formation destin?e ? apprendre sur place, les principes du journalisme d?mocratique aux professionnels serbes et croates ;
  • des s?minaires internationaux sur la paix au Moyen-Orient et en Afrique portant sur les moyens de g?rer les conflits ethniques
  • le prix annuel du journalisme par Amnesty International pour un travail ayant un lien fort vers la paix.
  • des cours facultatifs sur la paix dans certaines universit?s canadiennes ;
  • en Australie, le lancement depuis l'an 2000 d'un programme de journalisme de la paix ;
  • les efforts men?s par Reporters sans fronti?res pour d?fendre la libert? d'expression dans le monde.

D?bat :

Beaucoup d'id?es ont ?t? ?chang?es, de questions soulev?es, et certains points sont rest?s sans r?ponse :

Le d?bat s'est essentiellement concentr? sur les limites, probl?mes et difficult?s du travail du journaliste en lien avec le r?le qu'il assume ? titre personnel et professionnel dans la production et la transmission des informations, ainsi que sur l'importance, les acquis et le caract?re op?rationnel de la culture de la paix.

Faut-il tout dire et tout montrer ?
Agnieszka Slosarska fait ?tat d'une vague de r?flexion sur ce sujet en ce moment : il s'en d?gage l'id?e qu'il faille tout dire mais pas n'importe comment. Aujourd'hui, la violence est tellement trait?e qu'elle est beaucoup plus accept?e et donc montr?e. L'?volution actuelle va dans le sens de " montrer pour choquer ". La multiplication des cha?nes de t?l?vision a chang? la donne et les limites ont ?t? repouss?es : les images qui choquent sont d?sormais mieux admises et dans certains cas, elles sont m?me demand?es (Selon le t?moignage de Jean-Claude Allanic, m?diateur de France 2, de nombreux t?l?spectateurs se seraient plaints du caract?re insuffisamment fort des images de la guerre en Irak). Sur ce plan, le journaliste est en perte de rep?res ; bien que des r?gles existent, dans les faits, elles ne sont pas ou ne peuvent pas ?tre toujours appliqu?es.

V?rification de l'information dans le travail de couverture des conflits sur deux points :
1) La datation des images : le d?calage entre les images tir?es des archives et l'?v?nement comment? induit en erreur le t?l?spectateur et fausse son appr?hension de l'information. Il existe une obligation par le CSA de dater les images lorsqu'elles sont anciennes, cette datation pouvant aussi figurer dans le commentaire.
2) Les sources : le probl?me se pose lorsque le journaliste commente d'apr?s des images plut?t que d'aller chercher les informations sur place. La non v?rification des sources engage la responsabilit? personnelle de chaque journaliste et peut nuire gravement ? sa cr?dibilit?. Mais de plus en plus, les moyens techniques actuels permettent aujourd'hui ? une seule personne de filmer, monter et commenter sur place ; le reporter est le seul responsable de ses donn?es.
Le correspondant est un t?moin qui doit ?tre le plus objectif possible. Dans ce cas, le journaliste local a un r?le ? jouer. Il ne faut pas partir de son travail mais montrer ce qu'il fait.

Ambigu?t? suppos?e du concept de Culture de la paix :
En fait, rapporte un participant, ce concept est " on ne peut plus clair " selon la d?finition des Nations Unies. Il se d?cline en huit points et correspond ? une action diversifi?e. Certains journalistes y participent sans s'en rendre compte. Les arguments avanc?s pr?c?demment au sujet du correspondant de paix ne sont pas les bons car un journaliste peut aller chercher des ?l?ments de paix dans tout processus. Dans la profession journalistique, la guerre, en tant qu'?v?nement, est plus facile ? cerner et ? traiter, la paix plus difficile ? d?finir. Malgr? tout, il existe des journalistes d?vou?s ? la d?fense des valeurs humaines. Etre correspondant de paix ne se limite pas ? couvrir des ?v?nements de paix ou des initiatives de pacifistes. Il s'agit plus d'opter pour une logique dans la pr?sentation des ?v?nements qui peuvent ?tre ceux de la paix, comme malheureusement ceux de la guerre. D'ailleurs, il existe des journalistes qui couvrent des ?v?nements de paix avec une logique de guerre, et d'autres qui couvrent des ?v?nements de guerre avec une logique de construction de la paix.

Ind?pendance ou d?pendance du journaliste face aux m?dias (ses employeurs), aux pouvoirs politiques et ?conomiques :
Il y a effectivement une r?elle d?pendance du journaliste op?r?e ? deux niveaux :
1) Une d?pendance financi?re : le journaliste a besoin de recevoir l'aval de sa direction pour assurer le financement de ses projets, celle-ci ?tant soucieuse des imp?ratifs d'audience. La paix ne pr?sente pas aux yeux des directions un int?r?t commercial important, ce qui peut expliquer son absence des grilles de programmes. Beaucoup de documentaires sur la paix ne sont pas diffus?s ou sont refus?s.
2) Une d?pendance des m?dias face au pouvoir : les relations entre les dirigeants des cha?nes, les patrons de presse et le pouvoir ne sont " un secret pour personne ".

D?sint?ressement des m?dias par rapport au travail des ONG dans le domaine de la culture de la paix :
Les ONG d?plorent qu'en d?pit du fait qu'elles fassent r?guli?rement appel aux journalistes en les invitant ? participer aux ?v?nements dont elles ont l'initiative, ceux-ci r?pondent rarement, si ce n'est jamais, ? leurs invitations.
Deux conclusions s'imposent : " la guerre paye, la paix ne paye pas ", " les hommes violents payent, les femmes non violentes ne payent pas ". Les ?v?nements li?s ? la paix dans lesquels des femmes sont investies sont peu relat?s par les m?dias. Le rapport violence/ non-violence est bien l?.
De par la sp?cificit? du travail journalistique, une place r?duite est accord?e ? ce type de r?flexion. Ce travail ne s'inscrit pas dans la dur?e et le journaliste n'a pas pour ambition de transformer le monde ; il peut donc difficilement se pencher sur des questions, comme celles pos?es lors de cette rencontre par exemple. Il existe d'autres instances pour r?agir et pour r?fl?chir. De plus, c'est un m?tier o? l'on oublie vite. Le journaliste lui-m?me m?ne peu de r?flexion sur les ?v?nements qu'il pr?sente.
La profession ne va pas suivre un mouvement, il faut compter sur l'individu, sur les valeurs individuelles du journaliste. Mais celui-ci peut ?tre confront? ? la censure ou ? la maltraitance dans certains pays o? il se rend et il conna?t des difficult?s aupr?s des m?dias de son pays d'exercice qui refusent de diffuser son reportage et de d?noncer ces pratiques abusives.

Ancrage de la culture de la paix dans les esprits :
La paix ne se limite pas ? une question d'humanisme mais de survie de l'humanit? (cf. la d?claration du maire d'Hiroshima aux Nations Unies). La culture de la paix n'a pas l'audience qu'elle m?rite et cela requiert un long travail pour l'ancrer dans les esprits. L'un des participants a m?me souhait? que la formule " l'argent est le nerf de la guerre " puisse se transformer en " l'argent est le nerf de la paix ". Ainsi, selon lui, les m?dias aussi bien que les ONG montreraient un complet changement de perspectives.
Mais pour Agnieszka Slosarska, le d?bat doit plut?t se situer sur le terrain de la soci?t? : " La guerre existe, elle n'a pas ?t? invent?e par le journaliste, de m?me que l'argent n'est pas seulement le nerf de la guerre. Il est le nerf de la soci?t? et le journaliste en est le reflet. D?s lors qu'il devient un " messager de la paix ", le journaliste cesse d'?tre journaliste ".

Devoir d'engagement du journaliste ? :
C'est une erreur de penser que le journaliste ne fait qu'informer, il doit ?tre engag?. La diffusion par les cha?nes de t?l?vision des m?mes informations et souvent dans le m?me ordre n 'a rien ? voir avec le journalisme. A cette remarque, l'intervenante r?pond : " si on n'avait que des journalistes engag?s, il n'y aurait plus d'information ". Hommage rendu ? la difficile profession de journaliste :

En conclusion de cette matin?e, un participant a rendu hommage ? la presse et aux correspondants des m?dias dans le monde qui payent du sacrifice de leur vie leur qu?te de l'information. Ce faisant, ils participent ? la culture de la paix car leur r?le ne consiste pas ? donner des le?ons mais ? alerter l'opinion. Puis il a f?licit? ARTE pour son important travail p?dagogique autour de la paix. En effet, cette cha?ne a r?alis? un documentaire o? sont rassembl?s des enfants palestiniens et isra?liens qui ont pu comprendre qu'ils peuvent vivre ensemble malgr? la dure r?alit? de la situation.

Culture de la guerre - Culture de la paix : Des professionnels des m?dias t?moignent et dialoguent avec des ONG

Arielle Denis et Marie-Line Ramackers sont les mod?ratrices de cette s?ance

En introduction, Arielle Denis r?sume la matin?e en ces mots : " l'information est un droit, un pouvoir et aussi une marchandise ". Les associations militantes de la paix portent un regard critique sur cette information, mais elles en sont aussi productrices.

L'apr?s-midi se d?roule en deux temps : le t?moignage de professionnels des m?dias et le dialogue avec le public autour de la question : comment faire afin que la culture de la paix soit plus pr?sente dans les m?dias et dans les esprits ?

? Intervention de Larbi Benchiha (France 3 Ouest)

Apr?s avoir soulign? que son intervention porte sur sa perception du rapport du journaliste ? la paix, il pose la question : " le journaliste contribue-t-il ? la culture de la paix ? "

1. Sp?cificit? du travail journalistique

Le travail essentiel du journaliste est de collecter des informations. Il ne se positionne pas forc?ment en militant de la paix ; il doit assumer cette responsabilit? sans verser dans un quelconque militantisme, car ce serait tourner le dos ? la vocation m?me de son m?tier qui doit reposer sur l'objectivit?.
Le journaliste joue un r?le important dans le traitement et donc dans la production de l'information, c'est-?-dire dans la production de l'opinion publique. Il contribue ? la culture de la paix lorsque les informations diffus?es b?n?ficient de confiance et de cr?dit.
Compte tenu du caract?re central de la fonction journalistique, la culture de la paix pourrait ?tre consid?r?e comme " produit collat?ral du travail du journaliste " ou " effet collat?ral de l'acte d'informer ".

2. Traitement de l'information et production de l'opinion publique

L'opinion publique n'existe pas en tant que telle ; elle est pour une bonne part le produit de la pr?sentation des faits rapport?s par le journaliste. Les m?dias n'ont pas l'exclusivit? dans la formation de l'opinion (importance des ?changes verbaux, r?sultat des diverses interactions sociales), mais leur r?le est important.
Le journaliste fait partie des leaders d'opinion (collecte d'informations, traitement, diffusion). Lorsqu'il traite l'information, il doit r?pondre ? plusieurs questions : quelle information choisir et comment la pr?senter ? Quelles valeurs transmettre ? travers cette information ?
Quand le journaliste informe, il distille des valeurs. Il ne peut donc pas ?tre objectif. S'il agit de fa?on ind?pendante et selon un code de d?ontologie, sa contribution est essentielle ? l'harmonie sociale et il contribue efficacement ? la compr?hension entre les peuples. La part personnelle et la position citoyenne du journaliste est donc importante. Cela signifie qu'une r?elle objectivit? demeure illusoire.
La t?l?vision a, dans ce domaine, un fort potentiel ?ducatif, ? condition d'?viter certains ?cueils notamment la confusion entre le r?el et le virtuel. Elle peut contribuer ? la compr?hension de l'autre qui est une condition sine qua non de la vie en commun.

3. Raisons de l'absence de la paix dans les m?dias

A la question " pourquoi ne parlons-nous pas de la paix ? ", Larbi Benchiha r?pond " parce qu'elle correspond ? la situation normale, l'?tat normal des humains ?tant de vivre en paix ". En revanche, la guerre ne se fait pas seulement au moyen d'armes, elle ne se r?sume pas ? la pr?sence d'un conflit arm?. Elle peut ?tre porteuse d'une charge symbolique et rev?tir les formes de l'exclusion, de l'exploitation, de l'oppression ou de l'injustice sociale.

4. Comment parler de la culture de la paix ?

C'est en luttant contre ces fl?aux et en emp?chant leur banalisation que l'on contribue ? la culture de la paix. Le journaliste est un t?moin de son temps et, ? ce titre, il apporte sa participation ? la justice. La paix est une juste cause, elle concerne tout le monde. Elle n'est pas l'affaire des seuls correspondants de paix, le devoir de chacun ?tant de refuser les injustices. Larbi Benchiha fait alors part de sa double exp?rience de journaliste et d'?ducateur : l'une enrichissant et compl?tant l'autre ? travers l'attention port?e ? la mis?re sociale. Dans son exp?rience de journaliste, il a toujours voulu chercher ? donner un prolongement social aux reportages qu'il a r?alis?.

? Intervention de Dominique Gerbaud (La Croix, et membre du Bureau ex?cutif de Reporters sans fronti?res)

Il commence par rappeler un lieu commun largement r?pandu selon lequel le journaliste semble souvent mettre de l'huile sur le feu. Le journaliste d?range. Il ne se contente pas de la parole du pouvoir, il va chercher l'information l? o? elle se trouve en refusant de se fier aux versions officielles. Le journaliste donne souvent l'impression d'entretenir un climat de guerre, les conflits ?tant commercialement porteurs. Parfois m?me, c'est la presse qui est soup?onn?e de provoquer des conflits.

Le journaliste cr?e aussi du lien social et ?uvre pour la paix. Par exemple le journal La Croix du 13 juin 2003 titre un article consacr? aux ?v?nements de la guerre en Irak " plus dure sera la paix " au lieu d'opter pour " fin de la feuille de route ". Ce choix a ?t? dict? par la conviction que m?me dans des ?v?nements tragiques, ce sont les ?l?ments de paix qu'il faut mettre en ?vidence.

1. Devoirs du journaliste

Face ? un conflit, le journaliste devrait adopter les attitudes suivantes :

  • contribuer ? la paix en d?masquant les fauteurs de guerres, en d?non?ant leurs agissements ;
  • ?tre convaincu qu'on n'?chappe pas ? la paix, qu'elle est in?luctable et finit toujours par l'emporter ; par cons?quent, tout doit ?tre fait pour ?viter que soient gaspill?es en vain des vies humaines et les richesses d'un pays ;
  • entretenir une culture de la paix et mettre ? cette fin les moyens n?cessaires ;
  • ? titre personnel, faire confiance ? l'Homme, aux individus, aux dirigeants, au droit international et transmettre cette attitude sans jamais c?der au d?sespoir de l'impuissance humaine.

2. Devoirs au niveau des choix ?ditoriaux

Pour participer ? la culture de la paix, un journal devrait :

  • op?rer des choix ?ditoriaux clairs favorisant le consensus au lieu d'alimenter la discorde ;
  • faire conna?tre les acteurs de la paix ;
  • avoir le r?flexe de donner ? l'information positive (par exemple des exp?riences de d?veloppement) une place importante en valorisant les messages de paix au lieu de se satisfaire de la logique selon laquelle la guerre fait vendre ;
  • croire en la force de la non-violence et prendre des positions claires par rapport ? ceux qui pr?nent la haine, la d?sunion.

La t?l?vision doit particuli?rement ?tre attentive ? ces aspects. Sa mani?re d'aborder l'actualit? est de s'adresser aux ?motions. Elle a donc besoin de surprendre et de dramatiser, d'o? les d?rives possibles de montrer trop de violence, souvent gratuite. La France est encore relativement ? l'abri des d?rives qui existent dans un certain nombre de pays, comme en Espagne o? la t?l?vision a montr? des images de la guerre en Iraq autrement plus fortes que celles diffus?es dans notre pays.

En conclusion, Dominique Gerbaud revient ? l'exemple du journal La Croix qui consacre une place importante ? ce qui est consid?r? comme des ?v?nements positifs. Au vu de l'important courrier des lecteurs cela r?pond ? une v?ritable attente du public.

? Intervention de Jean-Claude Petit (La Vie)

Apr?s avoir soulign? qu'il partage, aussi bien ? titre personnel que professionnel, la m?me philosophie que l'intervenant pr?c?dent, il base son analyse autour de cinq verbes pour illustrer la mani?re dont le journaliste peut contribuer ? transmettre la culture de la paix :

1. T?moigner : le journaliste a le devoir de rechercher par tous les moyens des artisans de la paix ? travers ses enqu?tes et ses reportages. C'est ainsi que Jean-Claude Petit a pu t?moigner, au lendemain de la guerre de Kippour, de l'exp?rience d'un pr?tre qui allait fonder une universit? rassemblant des juifs, des chr?tiens et des musulmans

2. Expliquer : le journaliste est d'abord un p?dagogue ; face ? la multiplication des conflits, il doit, tout en respectant le contexte global, fournir les concepts et les bases n?cessaires ? la compr?hension des faits et des situations. Il a aussi le devoir de veiller ? rappeler que si certains conflits font la une de la presse, leur nombre est malheureusement beaucoup plus important. Le reportage ne doit pas ?tre purement ?motionnel, il doit ?tre situ? dans un contexte concret (?conomique, r?gional, international?)

3. Rendre les lecteurs acteurs et t?moins de la culture de la paix : ce propos est illustr? par des exemples d'initiatives du journal La Vie qui organise r?guli?rement des voyages avec ses lecteurs. En 1991, apr?s la guerre du Golfe, des lecteurs ont ?t? invit?s ? se rendre ? Assise et au Saint-Si?ge pour dialoguer avec certains des meilleurs experts de la vie internationale : en 1995, d'autres ont rencontr? Shimon Peres et Yasser Arafat ? J?rusalem et ? Gaza. Cette d?marche a pour but de mieux faire comprendre les tenants et les aboutissants de la situation au Moyen-Orient. Enfin, deux d?l?gations sont all?es ? Porto Alegre et d'autres iront ? Bombay en janvier 2004.

4. Etre partenaire d'initiatives de dialogue interculturel : chercher comment transmettre l'esprit de paix dans les entreprises, les groupes d'artistes? Les synergies avec les associations et les ONG sont tr?s importantes. Par exemple, les festivals de musique sacr?e de F?s, de Dijon et de Perpignan peuvent contribuer ? diffuser les valeurs de tol?rance et de paix entre les peuples.

5. Investir dans la formation pluri-religieuse des jeunes journalistes : se r?f?rant ? un article de R?gis Debray paru dans Actualit? des religions, qui souligne l'importance du facteur religieux dans la guerre, l'?tendue de l'ignorance d'une partie de la profession dans ce domaine est mise en ?vidence. Dispenser aux journalistes une formation sur les religions est d'une n?cessit? absolue.

En conclusion, Jean-Claude Petit constate que, pour r?ussir, l'approche des mots rev?t toute son importance : la paix n'est pas la simple n?gation de la guerre, elle est synonyme de bonheur et de prosp?rit? pour les g?n?rations pr?sentes et ? venir. Il s'agit de faire comprendre les aspects positifs du concept de culture de la paix qui n'est pas seulement de l'ordre de l'?thique mais aussi de la vie.

? Intervention d'Anne-C?cile Robert (Le Monde diplomatique)

" Je n'?cris pas de trag?die, je t?moigne de ce que je vois ". Cette r?plique cit?e par Anne-C?cile Robert et tir?e du film " La nuit de Varenne " d'Ettore Scola d?montre bien toute la difficult? du t?moignage.

1. Le statut probl?matique du t?moignage rapport? ? partir de ce qu'on voit en lien avec le processus de la fabrication des images.

Le journaliste, comme tout ?tre humain, est sujet ? l'erreur et t?moigne en fonction de sa sensibilit?. Ainsi en demandant ? des passants de raconter un fait v?cu, on obtient autant de r?cits que de personnes, or ce n'est qu'? partir de huit ? dix t?moignages qu'on peut rendre compte d'une situation. Il y a ?galement lieu de souligner le caract?re complexe du t?moignage en rappelant la particularit? du statut de t?moin dans son acception juridique.
Si le t?moignage consiste ? rapporter ce que l'on voit, quelle signification convient-il de donner ? voir ? Il faut " s'interroger sur le statut de ce que l'on voit et sur le processus de fabrication de l'image ". En se r?f?rant ? l'actualit? r?cente, les images de la statue de Saddam Hussein, d?boulonn?e par la foule sont aujourd'hui tenues pour fausses mais elles ont pourtant ?t? largement diffus?es.
A partir de son exp?rience au Rwanda, Anne-C?cile Robert s'est pos? la question de l'int?r?t de relater au lecteur la vue de milliers de cadavres entass?s. S'agissait-il d'une information et dans quelle mesure pouvait-elle renseigner sur le g?nocide ? Sa r?ponse est que le journaliste doit informer sur les conditions dans lesquelles il travaille et sur les difficult?s rencontr?es. Finalement, le journaliste devrait accepter de reconna?tre qu'il fait un m?tier difficile et qu'il peut se tromper ; il ferait moins d'erreurs.

2. La mission du journaliste dans la soci?t?.

A - Faut-il parler des choses qui f?chent ? Au lieu de favoriser le consensus ? tout prix, le journaliste doit assumer les d?bats contradictoires car c'est en admettant la diff?rence de points de vue qu'il peut faire avancer les choses. C'est donc en mettant le doigt sur ce qui ne va pas que le journaliste peut trouver des solutions. Selon Anne-C?cile Robert, si on avait parl? des conditions sociales de certaines cat?gories de la population, sources d'humiliation et facteurs de troubles, on aurait emp?ch? le candidat du Front National d'acc?der au second tour des ?lections pr?sidentielles. Or, le probl?me en France, est que l'espace du dialogue public se r?tr?cit de plus en plus. Par la confrontation des id?es et le dialogue, le journaliste peut contribuer ? la cr?ation d'un espace public et permettre ainsi la continuit? de la culture de la d?mocratie.

B - L'un des devoirs du journaliste est celui de rappeler les ?v?nements historiques. Malheureusement, les nouvelles g?n?rations n'ont pas le m?me engouement pour l'histoire que les g?n?rations anciennes. Si l'histoire ne se r?p?te pas, elle n'en est pas moins riche d'enseignements. Il reste pourtant ? savoir comment on a pu, r?cemment en France, voter pour un parti ouvertement x?nophobe alors que le nazisme a ?t? pr?sent? ? tous comme l'incarnation m?me de l'abjection. Le journaliste a le devoir d'apprendre. Dans les ?coles de journalisme, les ?l?ves apprennent ? ?crire mais ils ne re?oivent pas de cours d'histoire.
Le journaliste a aussi un devoir de v?rification de son information. Lors de la guerre du Kosovo, Le Monde diplomatique fit l'objet de critiques acerbes pour avoir soutenu que tous les faits imput?s ? Milosevic, qui reste par ailleurs un criminel de guerre abominable n'?taient pas exacts. Lorsque la v?rit? a ?clat? au grand jour, la presse anglo-saxonne a reconnu s'?tre tromp?e, ce qui n'a pas ?t? le cas de la presse fran?aise.

D?bat : questions pos?es et id?es re?ues

L'attention de la plupart des intervenants s'est surtout focalis?e sur le caract?re probl?matique des m?dias en tant que syst?me ? travers sa dimension ?conomique, politique, culturelle et ?ducative.
Le r?le du journaliste en tant qu'acteur central du syst?me m?diatique est ? nouveau soulign?.

1. Dimension culturelle : les diff?rences d'approche

Selon la repr?sentante de l'Institut Hiroshima Nagasaki, les m?dias fran?ais n'accordent pas le m?me int?r?t pour la paix que les m?dias japonais. En France, ? l'exception des journaux locaux qui se font l'?chos de manifestations, la paix demeure un sujet secondaire. La question est pos?e de savoir si les m?dias fran?ais seraient allergiques au mot paix.
Pour Jean-Claude Petit, s'interroger sur une " allergie des m?dias " par rapport ? la paix ne peut se faire sans s'interroger sur une " allergie du public ". Il propose donc que tout citoyen se demande ce qu'il fait pour la paix ? travers son m?tier. Si les m?dias sont l? pour servir la d?mocratie, cette derni?re suppose des droits mais aussi des devoirs : si le journaliste a le droit de prot?ger ses sources, il a aussi le devoir d'informer le public, de m?me, si le public a le droit d'?tre inform?, il a aussi le devoir de s'informer. Par cons?quent, Jean-Claude Petit exprime un doute quant au fait qu'il y aurait une allergie ? la paix propre ? la France. Avoir de l'audience suppose la satisfaction des d?sirs du public. Il est du devoir de chacun de s'interroger en tant que citoyen sur la paix, la guerre et l'information : si l'imp?ratif de l'audimat rel?gue la paix au second plan, tout citoyen en est en partie responsable.
Dominique Gerbaud ne croit pas non plus ? une allergie ? la paix qui serait proprement fran?aise mais il constate que les journaux se vendent mieux quand ils traitent de guerre et d'?v?nements sensationnels.
A cette m?me question, Anne-C?cile Robert estime qu'il y a d'abord lieu de s'interroger pour savoir s'il y a encore des journalistes en France. Pour des raisons de rentabilit?, le journaliste a une obligation de polyvalence, il est appel? ? rendre compte de ce qui se passe partout dans le monde. C'est en r?habilitant la notion de journaliste sp?cialiste que la profession retrouvera son prestige.

En d?saccord avec le fait que le journaliste devrait aller d?busquer les fauteurs de guerre (selon Dominique Gerbaud), une participante du Conseil international des femmes juives souligne qu'il peut difficilement acc?der ? la v?rit? parce que les t?moignages recueillis risquent d'?tre mensongers et qu'il peut ?tre lui-m?me porteur de pr?jug?s qui orientent son travail. De son point de vue, la presse anglaise est une v?ritable presse d'information qui ne laisse qu'une place r?duite ? l'opinion, ? la diff?rence de la presse fran?aise.
Jean-Claude Petit admet que le journaliste ne peut pas atteindre la v?rit?, mais qu'il a cependant le devoir de faire " honn?tement " son travail en communiquant au public un maximum d'informations.
Concernant les pr?jug?s et la " presse d'opinion ", Dominique Gerbaud attire l'attention sur le fait que le travail du journaliste ne se r?sume pas ? raconter un ?v?nement ou ? transmettre l'information mais aussi ? donner son opinion. L'important est de choisir son journal et de savoir que certains distinguent l'information et le commentaire (la r?gle de base ?tant de raconter ce qui se passe et ensuite de commenter en tant qu'observateur politique).
Anne-C?cile Robert est d'avis que la distinction entre information et opinion est difficile car l'information ? l'?tat brut n'existe pas (il y a forc?ment une part de subjectivit?). Contrairement ? ce qui a ?t? affirm?, elle estime que la presse anglo-saxonne est une grande presse d'opinion qui lui sert d'ailleurs de mod?le.

Il est rappel? par un membre du " Programme Information Afrique centrale " que des journalistes africains se battent chaque jour pour exercer leur m?tier. Il faut penser ? assurer leur formation et ? diffuser ce qu'ils font. Il est ?galement n?cessaire de soutenir les maisons de presse en Afrique et de renforcer les liens entre les professionnels du Sud et du Nord.

Dominique Gerbaud profite de son intervention pour appuyer les propos d'Anne-C?cile Robert sur la question du t?moignage. Effectivement avec un seul t?moignage on n'a qu'une parcelle de v?rit? ; il convient donc, pour limiter le risque de manipulation, de d?multiplier les t?moignages et de les confronter.
Il apporte cependant une nuance quant au fait que le journaliste devrait pouvoir assumer la contradiction. Selon lui, un journaliste doit aider ? ce qu'une soci?t? puisse se retrouver sur un ensemble de valeurs communes. Pour y parvenir, il doit privil?gier le consensus qui na?t du d?bat d'id?es et non pas se contenter du consensus " mou ".
Pour Anne-C?cile Robert, le vrai consensus doit r?sulter d'une d?marche permettant d'assumer la pluralit? d'opinions et le d?bat. Il ne doit pas ?tre le r?sultat d'une violence ni reposer sur la n?gation, en amont, des divergences qu'il s'agit d'assumer. Dire qu'il n'y a pas d'alternatives aux solutions et aux projets propos?s, c'est cr?er un consensus faux car le d?bat n'a pas pu avoir lieu (ce qui est souvent le cas aujourd'hui) .

2. Dimension ?conomique et politique : la logique mercantile des m?dias

Selon un membre du Mouvement de la paix, une logique mercantile sous-tend l'absence de la paix et la pr?sence de la guerre dans les m?dias. La guerre g?n?rant la peur, cette strat?gie consisterait ? faire peur aux gens en leur montrant des images de guerre puis les apaiser avec des spots publicitaires diffus?s apr?s le journal. L'id?e serait " achetez, vous irez mieux ". L'information est ainsi con?ue en tant que marchandise, d'o? la n?cessit? de donner au public des cl?s pour comprendre l'information qu'il re?oit en revendiquant ?galement son droit aux bonnes nouvelles. Cette revendication a ?galement ?t? formul?e par la repr?sentante de l'OMEP France soucieuse du bien-?tre des enfants.
A partir de ces remarques une question se pose : " Quel est le degr? de libert? des journalistes ? l'?gard de la publicit? et comment concilier la publicit? et la culture de la paix si celle-ci fait fuir les annonceurs ? "
Le journal La Croix accordant peu de place ? la publicit?, Dominique Gerbaud reconna?t cependant que cette question m?rite d'?tre abord?e tout en soutenant qu'on a tendance ? lui accorder plus de poids qu'elle n'en a en r?alit?. Il ne conna?t qu'un seul exemple d'entreprise ayant annul? un contrat de publicit? avec un journal apr?s la parution d'un article la mettant en cause.
Selon Larbi Benchiha, la part de publicit? ? France 3 est tellement r?duite qu'elle ne conditionne aucunement le contenu du journal t?l?vis?, pourquoi ne pas s'interroger sur la hi?rarchie de la production de l'information ?
Pour Jean-Claude Petit, la publicit? est inh?rente ? la soci?t? marchande, mais il ne faut pas nier qu'elle appara?t aussi comme une r?alit? incontournable. Le danger ne r?side pas dans la pression que pourrait exercer directement les annonceurs sur les m?dias mais dans l'obligation pour ceux-ci de se plier aux imp?ratifs de l'audience. Dans notre soci?t? marchande les m?dias sont constamment confront?s ? cette difficult? d'ordre psychologico-politique de devoir trancher entre les imp?ratifs de l'audience et ceux de l'information.

Sans nier que le journaliste peut ?tre un b?tisseur de la paix, un d?l?gu? du Bureau international de la paix du Tchad d?plore certains d?rapages dus ? la recherche du sensationnel dans le traitement des conflits en Afrique, comme par exemple, l'usage de mots ou d'expressions " seigneurs de guerre " et " enfants du d?sert ". Il s'adresse au repr?sentant de Reporters sans fronti?res et lui demande s'il existe des m?canismes de sanction du journaliste qui se rend coupable de telles d?rives (reportages erron?s ou appel ? la haine).
Dominique Gerbaud pr?cise que la mission de Reporters sans fronti?res est de d?fendre le journaliste et non de le sanctionner. La question soulev?e ? ce sujet rel?ve donc de l'?thique et concerne la conscience individuelle de chacun. M?me si, pour le moment, l'id?e d'un ordre des journalistes est ?cart?e, il est n?cessaire de mener une profonde r?flexion sur les questions de d?ontologie sans exclure la possibilit? de cr?er un organisme de vigilance. Quoi qu'il en soit, la pression de l'opinion am?ne le journaliste ? faire son mea culpa.

Anne-C?cile Robert ajoute que les sanctions ne sont pas seulement souhaitables, elles apparaissent comme une n?cessit? absolue quand le journaliste fait preuve de graves manquements au regard de l'?thique. Le journaliste ne doit pas, ? cet ?gard, s'?riger en donneur de le?ons ! A l'occasion d'un colloque ? Dakar, elle a demand? ? ses confr?res africains de ne pas imiter le journaliste occidental mais au contraire d'approfondir ce qui se fait de bien chez eux.
Jean-Claude Petit propose d'organiser une autre rencontre-d?bat pour r?fl?chir sur l'?motion et l'image. Les th?mes abord?s pourraient ?tre la force ?motive de l'image et l'introduction de la rationalit? dans une heure d'images elles-m?mes productrices d'?motion. Il y a aussi un autre travail ? faire sur les mots et les images ; les mots ne sont pas neutres pas plus que les images. Par ailleurs, il conviendrait d'utiliser plus souvent le mot " justice " car la paix ne va pas sans elle. " Le pr?nom de la paix c'est la justice ", le probl?me ?tant de savoir comment en faire un sujet journalistique.

Un animateur de Radio fr?quence 19 rappelle que le facteur ?conomique ?tant consid?r? comme un obstacle ? la culture de la paix, cela doit conduire ? s'interroger sur la conception de nouveaux sch?mas pour la promotion de cette culture. Il cite une initiative des journalistes au sein de sa radio, qui r?fl?chissent ? un projet de cr?er une agence sp?cialis?e dans les ?v?nements dits positifs.

" S'encourager ? ?tre des lecteurs et des t?l?spectateurs acteurs " est l'appel que lance Arielle Denis rappelant l'importance de la formation des journalistes et des citoyens ainsi que de la sensibilisation ? l'esprit critique.

3. Dimension ?ducative : la culture de la paix dans les pratiques journalistiques

En r?plique ? l'affirmation de Larbi Benchiha selon laquelle le journaliste est un homme de paix, un membre de la F?d?ration sportive et gymnique du travail demande si cela s'applique ?galement aux journalistes de Fox News et cite Silvio Berlusconi : " la t?l?vision c'est vendre des t?l?spectateurs ? des publicitaires ". De son point de vue, le journaliste ne peut ?tre qu'engag? ; cependant affirmer que le journaliste s'inscrit dans une culture de la paix est faire preuve de na?vet?. Dans la mesure o? le r?le du journaliste n'est pas de promouvoir le consensus mais de rechercher la v?rit?, que doit faire le citoyen pour sensibiliser les m?dias ? la culture de la paix ? Pour Larbi Benchiha, Fox News ne fait pas du journalisme mais de la communication.

Si la culture de la paix est une culture de survie, comme l'a formul? un participant, elle est aussi, conform?ment aux propos de la repr?sentante d'une ONG italienne, une question de motivation profonde ; dans ce cas, comment inscrire cette culture dans la formation des journalistes et des citoyens ?
Par ailleurs, la repr?sentante du Centre mondial de la paix de Verdun se prononce en faveur d'une v?ritable formation pour les jeunes ? la culture de la paix. Elle est soutenue par une militante des droits de l'homme du P?rou qui plaide pour l'enseignement de la culture de la paix aux enfants plut?t que pour la formation des adultes dans ce domaine. Le repr?sentant des Casques bleus citoyens s'indigne, lui, du fait que le citoyen soit oblig? de se rendre lui-m?me en Irak ou en Palestine pour rapporter ce qui s'y passe r?ellement. Il attire aussi l'attention sur le choix des mots et remarque ? ce sujet qu'au lieu d'utiliser le terme de " forces d'occupation ", les m?dias parlent " d'autorit? isra?lienne en territoire occup? ".

D'apr?s Anne-C?cile Robert, une ?volution dans le sens de la culture de la paix passe par le dialogue entre journalistes. Le citoyen peut contribuer ? la critique des m?dias ; elle cite deux initiatives int?ressantes : celle de l'Observatoire International des M?dias qui rassemble des personnalit?s de diff?rents horizons et celle du journal Pas lire, pas lu enti?rement consacr? ? la critique des m?dias.

" Le droit ? la communication est un droit ? conqu?rir ", ainsi conclut Marie-Line Ramackers, en lan?ant quelques pistes de r?flexion :

  • inverser le processus mental,
  • travailler avec les journalistes et les entreprises de production
  • et arriver ? un d?bat contradictoire comme ?l?ment de d?mocratie et de paix.


La Commission fran?aise pour l'UNESCO remercie toutes les personnes qui ont apport? leur contribution ? la pr?paration de ce rapport, notamment Chlo?e Albaret (CCFD, pour la Coordination fran?aise pour la D?cennie), Djalal Kacimi (UNESCO) et Fanny Frey (UCJG-YMCA) qui ont assur? la prise de notes. Dea R?ty (Mouvement de la Paix) a bien voulu ?laborer une premi?re synth?se. Version finale : Commission fran?aise pour l'UNESCO (Janine d'Artois et C?line Razo).



 
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